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Répression accrue contre les homosexuels au Sénégal : une nouvelle loi durcit le ton
Alors que Bruxelles s’apprête à célébrer ce samedi 16 mai le 30e anniversaire de sa Pride Parade, marquant trois décennies de lutte pour la visibilité et l’égalité, le contraste avec la réalité au Sénégal est saisissant. À Dakar, une réalité bien plus sombre vient contredire les discours sur les droits de l’homme ; une nouvelle loi vient d’institutionnaliser la persécution des homosexuels, faisant du pays l’un des plus répressifs du continent.

© SEYLLOU / Archives AFP / Des manifestants brandissent une pancarte sur laquelle on peut lire “non à l’homosexualité” lors d’une manifestation réclamant la criminalisation de l’homosexualité au Sénégal, à Dakar, le 23 mai 2025. Des manifestants ont défilé à Dakar le 23 mai 2025 po
La loi promulguée par le président Bassirou Diomaye Faye, fait passer la peine maximale pour “actes contre nature” de 5 à 10 ans de prison. Les amendes ont été multipliées par dix, pouvant atteindre 10 millions de francs CFA (plus de 15.000 euros). Le projet de loi avait été présenté le Premier ministre Ousmane Sonko comme projet de “souveraineté”. Le texte a été adopté à l’unanimité par l’Assemblée nationale sénégalaise le 11 mars 2026 avec 135 voix pour et 0 contre, scellant ainsi le sort de milliers de personnes.
Lynchages et climat de terreur
Les effets de cette loi sont immédiats. Ces dernières semaines, plus d’une centaine de personnes soupçonnées d’homosexualité ont été arrêtées. Certains suspects préfèrent encore la prison plutôt que d’affronter la violence de foules qui cherchent à se faire “justice” elles-mêmes. “À tout moment, tu te dis qu’on peut venir t’attraper. Tu es obligé de vivre caché. Avoir peur tout le temps, ce n’est pas une vie“, confie un jeune homme à Francetv.
Il ajoute que cette haine des citoyens est alimentée par les personnes aux pouvoirs : “On les a fait croire qu’il faut détester un homosexuel pour être plus croyant. Si tu tues un homosexuel, tu vas aller au paradis. Tu aimes les femmes ou tu aimes les hommes ? C’est un truc personnel. Ça te concerne et ça ne concerne que toi et Dieu.”
La paranoïa et la peur gagnent du terrain partout. Récemment, l’arrestation d’un ingénieur français a bouleversé la communauté des expatriés. “Quand on a appris les circonstances de l’arrestation, ça nous a choqués encore plus : ils ont frappé à la porte, il a ouvert, ils l’ont chopé. La tactique qu’ils utilisent, qui est en fait la rafle“, raconte un de ses amis dans le même reportage de Francetv, soulignant que personne n’est désormais à l’abri.
Manœuvre politique et religieuse
Cette vague de haine est attisée par les plus hautes sphères du pouvoir. Le groupe religieux And Sàmm Jikko Yi, qui a fait pression pour l’adoption de cette loi, qualifie les homosexuels de “danger public“.
Son président, l’imam Babacar Sylla, affirme sans preuve qu’ils “propagent délibérément des maladies” et admet être incapable d’empathie envers la communauté LGBTQIA +. Cette rhétorique a été reprise par le gouvernement pour détourner l’attention d’une récession économique croissante, en présentant l’homosexualité comme une “importation occidentale” contraire aux valeurs sénégalaises.

Nouvelle offensive contre les personnes homosexuelles au Sénégal, une nouvelle loi durcit le ton
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Une régression des droits humains
La Fédération internationale pour les droits humains (FIDH) tire la sonnette d’alarme. “Une loi comme celle-ci ne protège personne : elle expose davantage encore des personnes déjà vulnérables aux violences, aux arrestations arbitraires et aux humiliations“, a déclaré Drissa Traoré, secrétaire général de l’organisation, dans un communiqué. Cette loi menace également la liberté d’expression en érigeant en infraction pénale toute forme de “promotion” ou de soutien aux droits des personnes LGBTQIA +.
De plus, les taux de dépistage du VIH sont en chute libre. “Les personnes vont avoir peur d’avoir le préservatif et le lubrifiant à leur portée et ils vont avoir peur de se protéger, donc avoir peur de faire le dépistage sous le prétexte d’être traqué ou bien d’être poursuivi. Quand une personne est séropositive, ça va être très compliqué maintenant de l’amener à se traiter”, a déclaré à Reuters une source anonyme issue d’une organisation sénégalaise de défense des droits LGBTQIA +. Ce recul menace des décennies de progrès en matière de santé publique.
Le Sénégal n’est pas un cas isolé : 31 des 54 pays d’Afrique criminalisent l’homosexualité, tout comme 21 pays d’Asie. Cette répression marque un tournant sombre. Sur un continent où l’Ouganda et le Nigeria sont déjà considérés comme les pires contrevenants, le Sénégal qui jusqu’à présent était un bastion de stabilité, rejoint le club très fermé des États où l’orientation sexuelle peut coûter une décennie de liberté. Pour les personnes concernées, l’exil ou le silence deviennent les seules options possibles.
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